La laxophobie

"J’ai trop mal au ventre, j’peux pas y aller", "J’veux rentrer, ça va pas du tout là"... La notion de laxophobie est parfois inconcevable pour les personnes qui n’en sont pas atteintes. On pourrait croire qu’il s’agit d’une simple lubie ou d’une excuse...
Certaines personnes sensibles sont prédisposées aux troubles intestinaux: leur niveau de sensibilité accru leur permet de ressentir le "travail" intestinal et d’agir inconsciemment sur leur transit...

Les principes de la laxophobie

Un fait choquant ou humiliant peut traumatiser et déclencher une peur d’avoir la diarrhée. La personne entre alors dans la laxophobie: elle commence à anticiper les situations et imagine le pire.

Certains en déduisent alors que c’est psychologique et que la volonté permet de retrouver le bon chemin. Eh bien non, ce n’est pas si facile, car l’esprit interagit avec le corps:

La sensibilité intestinale s’accroît, laissant la personne ressentir des douleurs qu’elle n’avait jamais ressenties auparavant, ou du moins dont elle n’avait pas conscience.

Les intestins sont le siège des émotions et, inconsciemment, la personne va développer une forte réaction de ses intestins à ses peurs.

Prenons un exemple: lorsque vous écrivez le mot
CHAT dans une phrase, vous ne vous imaginez pas un chat sous tous ses détails, vous ne voyez pas non plus toutes les lettres de ce mot, vous ressentez l’idée, il s’agit d’une sensation.
Cette idée ou sensation est psychologique et a une conséquence physique immédiate: votre main se repositionne, les multiples muscles de votre main bougent, font bouger la pointe de votre plume et vous voyez apparaître le mot
CHAT.

Rappelez-vous votre enfance, vos premières lettres hésitantes et aléatoires; vous écrivez maintenant des lettres assez homogènes: vous avez la maîtrise du geste mais maîtrisez-vous le processus?

Il y a donc l’idée première, psychologique, celle d’écrire le mot et puis le résultat: le mot écrit sur le papier.

Entre les deux, un ensemble de processus se sont enchaînés de façon automatique et inconsciente, l’idée a été transmise à votre bras et aux muscles de vos mains. Ce sont des instructions précises que vous n’avez jamais appris à analyser.

Avez-vous seulement conscience des muscles intervenant dans l’écriture de ce mot? Si l'on vous demandait d’écrire ce mot en décrivant étape par étape les muscles à bouger, réussiriez-vous à l’écrire?

La laxophobie suit la même logique: une sensation, généralement de peur ou d’anticipation, provoque une série de processus ayant pour conséquence une diarrhée impérieuse (qu’on ne peut pas retenir) et ceci dans les minutes suivant cette sensation.

Le cerveau envoie inconsciemment les signaux habituels, travaillés avec le temps (comme pour l’écriture) aux différents muscles intestinaux qui débutent alors une évacuation du bol alimentaire. C’est le même processus que lors d’une infection (gastroentérite ou indigestion). Le péristaltisme des muscles intestinaux pousse la matière de façon très puissance et il devient très difficile de se retenir.

Il s’agit donc d’une maladie se développant avec le temps.

Ce phénomène n’est pas à sens unique. Le cerveau reçoit comme information la douleur des intestins. Le seuil de tolérance étant très bas, la diarrhée et les gaz sont nettement ressentis... La personne ressent les mouvements de ses intestins et c’est alors la crise de panique, les intestins sont alors davantage sollicités et la personne tombe dans un cercle vicieux amplifiant la diarrhée: c’est l’attaque de panique.

La colopathie fonctionnelle

La colopathie fonctionnelle est un terme récent possédant plusieurs appellations telles que "Syndrome de l’Intestin Irritable" (SII) ou "Syndrome du Côlon Irritable" (SCI). Sa signification, quant à elle, reste très vague.

Les analyses menées par le gastroentérologue consistent à détecter les maladies organiques appelées "Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin" (MICI). Il s’agit de la maladie de Crohn ou de la Rectocolite Hémorragique (RCH).

Pour s’assurer que le patient n’a pas de MICI, il observe par une sonde les parois du gros intestin et de l’intestin grêle et procède à des biopsies: cet examen un peu effrayant a pour nom la "coloscopie".

C’est un passage obligé qui permet d’éliminer du diagnostic les MICI. Cet examen est incontournable, il existe des traitements pour ces maladies. Conclure que l’on est colopathe avant d’en avoir l’assurance par cet examen est très dangereux: un arbre peut cacher la forêt...

Suite à une coloscopie, beaucoup de personnes reçoivent depuis maintenant quelques années une réponse assez inattendue: "vous n’avez rien ! vos intestins sont parfaits, une vraie peau de bébé, c’est juste une colopathie", "c’est le stress, faites du sport", "je peux éventuellement vous orienter vers un psychiatre".

La colopathie semble être devenue la catégorie "Autre" des maladies intestinales. Il y a les MICI, maladies organiques affectant les parois des intestins facilement observables avec les outils médicaux actuels, et le reste, ce qu’on ne peut comprendre ou observer et que l’on place dans la case "colopathie fonctionnelle".

La colopathie n’est en effet pas observable car elle est avant tout nerveuse et musculaire. Les mouvements intestinaux ne répondent pas seulement à la simple fonction du transit consistant à dégrader les aliments et absorber les éléments nécessaires et se défendre en cas d’infection. Ils prennent également en compte l’émotivité de l’individu, son état mental, ses peurs.

Ce double aspect de la maladie, psychologique et somatique, est le principe central de la colopathie et nécessite une étude aussi bien physique que psychologique.

L’attaque de panique

Faire la queue dans un supermarché, faire une randonnée avec des amis, aller chercher quelqu’un à la gare à 30 km de chez soi, prendre le métro...

Toutes ces petites choses de la vie quotidienne sont un cauchemar pour un laxophobe. La logique est toujours la même: une diarrhée peut se déclencher en quelques minutes, et elle peut être intense voire impérieuse. L’attaque de panique amplifie considérablement le processus. Si la personne ne trouve pas très rapidement des toilettes, c’est l’humiliation.

Imaginez donc le nombre de situations posant problème. De nombreux lieux sont de véritables pièges où il est impossible de trouver d’échappatoire, d'endroit où se cacher pour se soulager (embouteillages, RER, réunions, etc). La grande difficulté pour un laxophobe, c’est de se sentir piégé et dans l’incapacité de rejoindre rapidement des toilettes isolées et insonorisées, ceci "au cas où" mais ce "cas où" arrive malheureusement.

Ainsi, de nombreuses situations peuvent déclencher une attaque de panique. Il est important de comprendre qu’un laxophobe en panique a besoin de silence et de calme, toute tentative de dialogue le ramène à la réalité et accentue ses spasmes. Une concentration est nécessaire pour se déconnecter de la situation et pouvoir se calmer...

L’attaque se traduit le plus souvent par une focalisation sur les bruits et mouvements des matières et gaz dans les intestins. La personne commence à avoir chaud, à suer. Les spasmes provoquent des poussées des matières dans le canal anal et le rectum. Ces poussées s’installent pendant quelques secondes et sont très difficiles à supporter. Puis la matière est repoussée plus haut dans le côlon descendant, ce qui procure une sensation de soulagement mais peut être accompagné de bruits qui, selon la situation, accentuent davantage les spasmes.

Il est important de comprendre cet effet de cercle vicieux et d’amplification.

Rapport colopathie/laxophobie

La laxophobie est donc la peur d’avoir une diarrhée impérieuse, une anticipation. La colopathie est la faculté d’un individu à influer sur son transit en fonction de son état émotionnel ou moral.

Colopathie et laxophobie sont plus ou moins corrélées: on est plus ou moins laxophobe et plus ou moins colopathe.

Une personne ayant constamment à l’esprit l’état de son transit, anticipant tout déplacement, allant jusqu’à se limiter fortement dans sa vie sociale mais n’ayant au final que très rarement des diarrhées est fortement laxophobe et faiblement colopathe.

Inversement, une personne peu préoccupée par l’éventualité d’être dans une situation difficile, telle que la diarrhée impérieuse sans possibilité de se soulager, mais qui a plusieurs diarrhées par jour, est fortement colopathe et faiblement laxophobe.

Le cas le plus fréquemment rencontré chez les laxophobes est un niveau de laxophobie et de colopathie important. La laxophobie impliquant généralement une colopathie.

Le laxophobe type

On note un certain nombre de points communs chez les laxophobes. Voici une liste des caractéristiques d’un laxophobe type, des variantes sont bien entendu courantes chez les laxophobes:

Pas de diarrhée la nuit, pas de réveil en pleine nuit pour se soulager d’une diarrhée impérieuse

Diarrhée 30 minutes à 1 heure après le réveil si épreuve, sortie, travail

Les troubles peuvent disparaître pendant des périodes de repos (week-end sans sortie, vacances) ou de changement (événement nouveaux, rencontre amoureuse...)

Proportion Homme/Femme

Les individus touchés par la laxophobie sont en majorité des femmes. Les différentes études statistiques exposent des chiffres de l’ordre de 2/3 de femmes et 1/3 d’hommes.

Les hommes concernés sont généralement sensibles.

L'expression d'un mal profond

La laxophobie peut n'être qu'un stade de l'évolution d'une maladie plus profonde. On constate chez certains laxophobes / colopathes que les répercutions gastriques ont remplacé d'autres symptômes tels que:

la peur du noir (étant enfant)
la peur de vomir (émétophobie)
la peur d'uriner
la peur de la foule
la claustrophobie
obsessions

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